À la Une

Note #1

Même si je le pouvais pas, et même si je le pouvais, je n’aurai pas bougée.
Engluée dans tout ce merdier. Tous s’agitent autour de moi, courent, crient, pleurent.
Trop de bruits. Mais je reste impassible.
Si, ne serait ce qu’un instant, je bouge, ils me verraient et je finirai comme eux.
Ils gueulent trop, pleurent trop. C’est irritant.
Même si au fond ils ont raison. Dans tout ce vacarme, il faut encore plus de cries, de larmes, d’insultes.
Sinon la mort vient. Je suppose. Mais merde, le silence serait bien plus doux.
Les requiem sont déjà bien suffisants.

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Note #4

Le ciel était dégagé et la brise me caressait la joue.

Perchée dans mon arbre, je prenais mon goûter. Le mercredi après-midi, je pouvais manger tout ce que je voulais. 

Ma madeleine avait un goût de framboise.

Je regardais les rayons de soleil que l’arbre et ses fleurs laissaient passer. 

Je me balançais dans le vide et une de mes chaussures tomba au sol. Ma jupe était pleine de fleurs. 
Ma mère m’appella depuis la cuisine. D’autres madeleines m’attendaient.

Note #3

Rouen 194X –

L’alarme résonne. On ne l’entend plus vraiment. L’habitude.

Pendant que les officiers ont le dos tournés, nous déambulons toutes les trois, main dans la main, dans cette rue où il nous est interdit d’y aller.

Je me souviens de mes 13 ans, dans ce dortoir. En pleine nuit, les bonnes lèvent en silence mon amie. Derrière elles, des officiers. Je fais semblant de dormir comme tout le monde. Sans savoir pourquoi, nous sommes toutes tétanisées. 

Ces chuchotements, en français et en allemand, le lit vide de mon amie le lendemain matin; je ne savais pas encore.

Maintenant j’ai 15 ans et je brave un interdit. Un de nos amis immortalise la scène avec un appareil photo.

Cette photo restera à mon chevet.

Note #2

Un flot d’idées. Cependant, aucun mouvement.

Allongés là, à même le sol, dans la poussière; deux bêtes se battent.

Sans prêter garde aux yeux des autres, elles montent l’une sur l’autre, mordent, puis enchangent leur position. 

Dans égard pour la bienséance, une surenchère de vulgarité, de crachas, de sang et de cris.

Leurs dents jaunes et rognées se teintent de rouge et leurs gorges vomissent cette haine qu’elles portent l’une pour l’autre. 

Puis l’une des bêtes s’écroule et tremble. Des fluides en sortent.

Puis rien. 

La bestiole vivante regarde sa feu partenaire de jeu mais n’a pas encore compris.

Elle lui mord l’oreille. Mord tellement fort que le lobe part entre ses dents. Mais toujours rien.

Elle prend cela pour une provocation et dans sa défiance, elle attrape son crâne et le cogne.

Une fois, deux fois, trois fois. 

Le crâne se craquelle, les yeux sortent de leurs orbites mais la bouche ne s’ouvre pas. 

Toujours rien.

Alors elle saisit, son bras droit puis…